Lettre ouverte au SECB

Publié le par société d'attelage d'armor et d'argoat

Le texte qui suit est une lettre ouverte qui n'engage que son auteur.

Madame la Directrice, Monsieur le Président,

La lecture de votre courrier récent est parfaitement révélatrice du fonctionnement du syndicat des éleveurs du cheval breton, et je ne m'attendais pas à autant de réalisme de votre part. Mais puisque vous me faîtes l'honneur de m'accuser, vous permettrez que j'apporte quelques arguments, sans doute dérisoires à vos yeux, mais cependant je souhaite que celles et ceux qui peuvent s'y intéresser en aient connaissance. C'est aussi pour cette raison que ce courrier fera l'objet d'une diffusion large.

. vous me reprochez mon absentéisme : élu depuis trois ans et demi, j'ai les deux premières années participé à l'intégralité des réunions de bureau et de CA. Vous y étiez présents également, donc le savez : je ne me suis pas contenté d'être présent, je suis venu à chaque fois avec un travail préparé à la maison, parfois seul, parfois suite à des échanges avec éleveurs ou utilisateurs ou administrateurs, des arguments, des propositions de travail, des propositions d'avenir pour notre race. Systématiquement mes interventions ont déclenché des réactions, assez régulièrement positives, autour de la table. Jamais aucune mesure n'a été prise pour mettre en application ces propositions.

. pour exemple je vous rappellerai la réunion destinée aux utilisateurs et organisateurs de concours d'utilisation 2014 : incapable de me libérer pour y participer, j'ai proposé (et ce n'était pas la première fois) que vous, Madame la Directrice, preniez l'initiative d'organiser une réunion téléphonique : c'est simple, très peu coûteux, accessible à tous les intéressés, ça permet des économies de temps et de kilomètres monstrueuses, en bref ça me paraît adapté. Vous m'avez répondu qu'effectivement c'était l'occasion d'essayer, puis le discours a évolué puisqu'une réunion physique a été prévue à Lamballle : à votre demande, je vous ai confirmé ma disponibilité au téléphone pour me joindre et m'intégrer autant que possible par téléphone interposé à la réunion. C'est drôle sans doute, mais je n'ai jamais reçu aussi peu d'appels que ce vendredi matin...

. vous me reprochez mon absence à l'AG élective 2014 : j'ai fait part dès la première heure de mon impossibilité d'y participer. Ont contribué à mon absence d'une part ma participation à un concours d'attelage hors Bretagne à cette date ; d'autre part le schéma répété et archaïque d'AG (là aussi envers et contre mes propositions nombreuses pour en faire une occasion de construction d'avenir pour la race bretonne) ne m'a pas incité à passer du temps à écouter des discours convenus qui n'intéressent guère l'assemblée, et le maigre temps consacré aux questions de fond ne mérite que peu l'effort demandé. Et je n'ai pas l'habitude ni le goût pour la figuration. Et il serait instructif pour les élus, y compris du syndicat, de faire le tour des adhérents pendant l'AG et d'écouter leurs commentaires, leur désarroi et le manque d'intérêt envers les présentations.

. précédemment à cette AG, je vous ai personnellement téléphoné, Monsieur le Président, et je serais chagriné que vous l'ayez oublié : ma question a été claire et sans sous-entendu : dans l'hypothèse où vous seriez reconduit dans vos fonctions, y avait-il un intérêt à ce que je présente ma candidature à une potentielle ré-élection, cette candidature étant conditionnée par l'envie et la possibilité de travailler ensemble à construire un avenir à notre race. La réponse a été claire, c'était oui. Depuis ma ré-élection, il semble que ceci se soit perdu dans les oubliettes, puisque à part se retrouver à Lamballe tous les deux ou trois mois il n'y a pas de solution possible pour échanger et collaborer. J'en veux pour preuve le nombre notable de mails que j'ai envoyés au syndicat depuis trois ans et qui sont systématiquement restés sans réponse : vous devez pouvoir sans problème les retrouver dans vos boîtes mail respectives, sans doute dans la corbeille ou les indésirables.

. vous me reprochez mon absence à "l'élection du nouveau bureau où la place de Président était disponible" : alors pour éviter que vous ne vous foutiez de moi plus longtemps, je vais rafraîchir la mémoire de certains et éclairer la lanterne des autres. Je me suis dès la première heure excusé de mon impossibilité à y participer pour raison professionnelle. Cela étant dit, je vous ferai remarquer que toutes les fois où mes disponibilités ont été demandées préalablement à un choix de date de réunion, systématiquement ce choix s'est porté sur une date que j'avais précisée comme impossible pour moi : je ne suis sujet à aucune paranoïa, mais il arrive un moment où chacun peut finir par se demander si les coïncidences ne sont pas troublantes. Bref, en plus de présenter mes excuses et avec un regret sincère de ne pouvoir contribuer à choisir l'équipe dirigeante, j'ai fait part directement à Madame la Directrice (et je serais là aussi chagriné qu'elle l'ai oublié) de mon souhait d'être candidat à un poste au sein du bureau nouveau (j'ai proposé plusieurs postes qui m'auraient intéressé, certes sans ambition de pouvoir, pardon pour votre insinuation sur la place disponible à la présidence, mais par exemple comme secrétaire afin de contribuer à la rédaction de documents, comptes-rendus... pour soulager le travail de Madame la Directrice). Alors c'est vrai que je n'étais pas là : mais la lecture du CR de ce CA m'a laissé perplexe sur les candidats annoncés à chaque poste, je vous laisse le loisir de le vérifier, vous ne trouverez nulle part mon nom. Rien de grave, je ne me suis jamais considéré ni comme indispensable, ni comme irremplaçable. Mais souffrez que je sois surpris, éventuellement déçu, et qui plus est horripilé à la lecture de la phrase qui disait en substance dans ce CR que le poste de "représentant des utilisateurs" n'avait pas été reconduit. Est-il vraiment nécessaire d'épiloguer sur le sujet ?

. vous me retracez l'historique de l'agrément d'un étalon élite à Compiègne (quel qu'il soit et qui qu'en soit le propriétaire), pour lequel il a fallu travailler du 13 Octobre 2013 au 16 Juillet 2014 pour enfin un résultat positif, avec un propriétaire (c'est lui qui me l'a dit, ce ne sont pas des bruits de campagne !) qui mi-Juin 2014 avait pour seule information de la part du syndicat (donc de vous Madame la Directrice et Monsieur le Président) qu'il n'aurait pas l'agrément avant 2015. Et vous voulez que ça me plaise ? Vous voulez que je prenne mon téléphone pour faire du lobbying auprès des administrateurs ? Vous voulez que j'use de mon influence politique pour arranger les affaires d'un possible ami qui potentiellement pourrait saillir mes juments ? Vous êtes les seuls responsables de ma réaction emportée : d'une part parce que ça vous demande neuf mois pour agréer un cheval breton de sport de haut niveau et que c'est impensable pour moi, d'autre part parce que l'absence de communication du syndicat (que j'ai combattue depuis le début en proposant et insistant pour que les CR de CA soient diffusés et que les informations circulent pour que nos adhérents connaissent le travail réalisé) est un défaut majeur de moyens qui nuit à sa crédibilité.

Alors il est clair qu'à force de répéter, d'argumenter, de justifier, de proposer, d'essayer de construire, tout ça pour que la majorité de mes mails et propositions restent sans réponse, j'avoue avoir la faiblesse de me lasser : j'ai essayé d'apporter mon énergie au cheval breton, manifestement elle ne trouve qu'un très faible et lointain écho et je ne m'escrimerai pas éternellement.

Vous me reprenez comme un mauvais élève qui parle mal à ses professeurs et fait l'école buissonnière : sachez que je crois avoir passé l'âge d'être pris pour un con, surtout quand on met aussi peu d'entrain à me le dissimuler.

Je vous prie donc à partir d'aujourd'hui, Madame la Directrice et Monsieur le Président, de considérer comme effective ma démission de la fonction d'administrateur. Je ne considère cela en rien comme un échec personnel, j'ai simplement le sentiment d'avoir dépensé de l'énergie inutilement. Je suis malgré tout triste et déçu pour celles et ceux qui m'avaient fait confiance en votant pour moi, et à eux seuls je présente mes sincères excuses. Et sans gloriole personnelle, vous vérifierez auprès des chiffres qu'il ne s'agit probablement pas uniquement de compétiteurs en attelage.

Votre comportement à mon égard et à l'égard de la race bretonne sont la raison pour laquelle je ne participerai pas cette année au concours national à Lamballe : afin de ne pas entraver la participation d'autres concurrents et parce que là encore je ne me considère ni indispensable ni irremplaçable, j'ai signalé ma décision dès le lendemain du concours d'utilisation du Morbihan. Et à l'avenir, quels qu'ils soient, je ne veux pas que les performances de mes attelages ou les clichés s'y rapportant soient utilisés par le SECB à quelque fin que ce soit sans mon accord explicite.

Et comme je ne suis pas complètement mauvais bougre, je vous quitterai en vous rappelant mes principes de base auxquels je n'ai jamais dérogé lorsque j'ai intégré votre équipe, et les propositions phares que je considère incontournables dans un avenir proche, et dont vous aurez à rendre compte à vos adhérents :

. la devise du compagnonnage : servir, sans se servir ni s'asservir : beaucoup l'oublient, à tous niveaux.

. une race élevée sans objectifs de race est aujourd'hui vouée au déclin : j'ai échangé beaucoup avec vous, Madame la Directrice, pour contribuer à mettre en place une trame permettant l'écriture de ces objectifs. Encore un effort de trop sans doute.

. une fois les objectifs définis, et seulement à ce stade, il faut se donner les moyens matériels et les compétences humaines de la sélection.

. un stud book aujourd'hui n'a de valeur que si on peut lui accorder confiance. Qu'en est-il du mutisme du syndicat devant les chevaux inscrits bretons qui ne sont pas issus de l'accouplement déclaré, et qui pour certains ne comportent plus que 25 % de sang breton ? Notre stud book ne retrouvera de crédibilité que lorsque seront instaurés les typages et contrôles de filiation systématiques : vous le savez, c'est facile à mettre en œuvre, ça peut se faire tardivement dans la carrière de chaque poulain et donc n'a d'impact économique limité que sur la filière destinée à l'élevage.

. la promotion du cheval breton aujourd'hui, c'est la communication : pour ne prendre que quelques exemples, quelqu'un s'est occupé de prendre contact avec l'organisateur des JEM, là où le Cob Normand prend des pages entières dans le programme spécial Ouest France ? Quelqu'un s'est chargé de contacter le jeune cavalier champion de France Western avec un cheval breton ? Quelqu'un a envie de faire autre chose dans le syndicat que d'essayer de caser un ragoût de poulain au repas du national ?

A chacun ses objectifs, à chacun sa politique. Mais aujourd'hui les objectifs du syndicat et la politique adoptée pour y tendre devraient être au service des adhérents et de notre race, et je ne m'y retrouve pas, ni pour moi ni pour mes chevaux.

Avec le regret d'une collaboration infructueuse, je vous prie d'agréer, Madame la Directrice, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments distingués.

François Boerlen

Les commentaires sont plus bas.

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Amélie Tsaag valren 22/08/2015 12:45

Bonjour monsieur. Votre témoignage a été cité dans un article de Cheval Savoir sur le refus des associations de races de trait de soutenir le marché du loisir : http://www.cheval-savoir.com/1961-obesite-du-cheval-probleme-responsabilite

bassan 22/08/2014 23:37

Je ne peux qu'applaudir. :)

L.P. 13/08/2014 17:34

Bravo pour le courage d'avoir écrit cette lettre.

Vous dîtes tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Le syndicat ne va que dans un sens, celui du déclin de la race en refusant de s'ouvrir au loisirs et à la compétition sportive.

Il est temps de faire du ménage là dedans et de revoir quel est l'avenir de la race.

MALHERBE 18/08/2014 15:26

Bravo pour cette mise au point dans laquelle tu exprimes tout haut ce que beaucoup n'osent dire mais qui ,malheureusement,ne changera en auncun le comportement de cette administration et ce groupement dormants,encroutés dans leurs habitudes et leurs idées d'un autre temps.

Tu as essayé ,tu n'as pas réussi comme d'autres avant toi il y a....une vingtaine d'années.

Et si d'autres réveurs,dans quelques années,voulaient réagir ils ne le pourraient pas car notre cheval breton,par la force d'inertie de ce stud book ,n'existera sans doute plus.
Bernard
La plupart des médias parlent actuellement de la vitalité bretonne,ils ne connaissent sans doute pas notre bon vieux stud book endormi.....mais il faut toujours une exception à la règle.
Joëlle